Un compost qui dégage une odeur âcre, proche de l’ammoniac ou parfois de l’œuf pourri, n’a pas besoin d’un ingrédient supplémentaire : il a besoin d’air. C’est le réflexe inverse qui domine pourtant chez beaucoup de jardiniers débutants, qui ajoutent encore de la matière fraîche à un tas déjà saturé, aggravant exactement le problème qu’ils cherchent à corriger. Un compost sain, riche en organismes qui respirent, ne sent presque rien d’autre qu’une odeur de terre forestière.
Le rapport carbone/azote, la clé souvent négligée
Les organismes qui décomposent la matière organique ont besoin à la fois de carbone, présent dans les matières sèches et brunes comme les feuilles mortes ou le carton, et d’azote, présent dans les matières fraîches et vertes comme les épluchures ou la tonte de gazon. Un compost équilibré combine grossièrement deux à trois volumes de matière brune pour un volume de matière verte : trop d’azote sans assez de carbone produit précisément cette fermentation malodorante et compacte que tout jardinier redoute.
L’erreur la plus fréquente consiste à vider directement la tondeuse dans le composteur après chaque tonte, sans jamais y mélanger de matière sèche en proportion. La tonte fraîche, très riche en azote et en eau, s’agglomère alors en couches denses qui empêchent l’air de circuler, exactement les conditions qui favorisent les bactéries responsables des mauvaises odeurs plutôt que la décomposition aérobie recherchée.
Le retournement, un geste mécanique avant tout
Retourner un compost ne sert pas à mélanger pour mélanger : cela réintroduit de l’oxygène au cœur du tas, là où l’activité des micro-organismes l’a épuisé le plus vite. Un tas jamais retourné développe des poches privées d’air en son centre, où la décomposition bascule vers un mode sans oxygène, plus lent et nettement plus odorant que la décomposition aérée qui domine en périphérie.
Un retournement toutes les trois à quatre semaines, à la fourche, en ramenant le centre vers l’extérieur et l’extérieur vers le centre, suffit dans la plupart des cas domestiques. Ce geste permet aussi de repérer une matière trop humide et compacte, qu’il suffit alors de mélanger à des matières sèches comme du broyat ou du carton non imprimé pour rétablir l’équilibre sans rien ajouter de nouveau au volume total.
Un excès d’humidité, souvent la vraie cause
Un compost trop humide, gorgé d’eau au point que la matière colle en boule quand on la presse dans la main, ne laisse plus l’air circuler entre les particules, quelle que soit la qualité du mélange carbone-azote par ailleurs. Cette situation survient souvent après une période de pluies prolongées sur un composteur non couvert, ou après un apport massif de matières très aqueuses comme des épluchures de fruits.
La correction est simple mais demande de la constance : ajouter des matières sèches en quantité, brasser pour aérer, et couvrir le tas d’une bâche perméable à l’air pendant les périodes pluvieuses, comme le recommande l’Agence de la transition écologique dans ses guides sur le compostage domestique. Pour ce qui touche à la manière d’utiliser ensuite ce compost une fois mûr, la rubrique consacrée au potager et aux semis détaille comment l’incorporer sans brûler de jeunes racines encore fragiles.
Reconnaître un compost qui va dans le bon sens
Un compost qui fonctionne correctement chauffe légèrement au cœur du tas dans les premières semaines, signe d’une activité microbienne intense, puis se stabilise à température ambiante à mesure que la matière se transforme. Sa couleur évolue du mélange bariolé des apports initiaux vers un brun sombre et uniforme, tandis que sa texture devient friable, sans morceaux identifiables des matières de départ après plusieurs mois.
Un compost mûr ne dégage plus aucune odeur désagréable, même remué en profondeur : c’est le signal le plus fiable qu’il est prêt à être incorporé au jardin. À l’inverse, un tas qui reste odorant après plusieurs semaines malgré les retournements indique presque toujours un déséquilibre persistant, qu’il vaut mieux corriger avant d’ajouter de nouvelles matières plutôt que de laisser la situation s’installer durablement.







